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Calende

Février 2012
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Verbatim

Méditations

Lorsque l'esprit se fond
dans l'immense conscience
collective, ce fleuve furibond,
nous ne somme plus matière

il n'existe plus de "soi"
les perceptions décuplées
sont en même temps étouffées
en un paradoxal et vibrant émoi.

 

Bienvenue aux voyageurs !


 



Que le soleil brille sur votre chemin!
Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 11:37
Jadis ces catacombes avaient été les couloirs d'un somptueux palais.

Il y a des millénaires, les Nayadrims avaient bâti cette place forte qui depuis avait sombré dans l'oubli.

Imiandë n'avait pas remarqué à son premier passage que derrière la crasse et les excréments, au-delà de la puanteur et du voile d'obscurité les murs de cette antique demeure étaient d'Hoplom, une pierre aujourd'hui presque disparue du monde, dont les techniques d'usage ne s'étaient pas perpétuées.

Ca et là des bribes de fresques ternies aux sujets non moins obscurs se remarquaient.

Ne pouvant s'attarder pour étudier ces indices d'un autre temps, ils avançaient à pas rapides pour atteindre l'escalier menant à la demeure du thorn.

La corneille fit remarquer avant d'arriver à celui-ci une plaque de marbre apposée sur le mur :

« Ci-gît le prince des incapables et des marches,

Aristide Thorn l'escalier, qui désormais

Au-delà de son inutilité première,

Me servira mieux dans mon ascension.

Signé Le seigneur des Ullgards »

- Ceci est effroyable, comment peut-on faire cela à son frère ?

Songea à haute voix Imiandë.

-Moi je ne te ferais jamais aucun mal déclara d'une petite voix unarion à sa sœur.

-Moi non plus coassa la corneille.

Pendant que ses compagnons se rassuraient l'un l'autre, Imiandë tendit son fil de laine d'un bout à l'autre du couloir, en un piège enfantin, ne sachant pas pourquoi elle faisait ce geste, puis elle ajouta :

- montons ces marches et partons d'ici pour nous retrouver chez nous rapidement.

Elle prit la tête du groupe et en haut de l'escalier se rendit compte que la grille était fermée.

-Monsieur L'escalier ? Vous...vous pouvez nous ouvrir ?

Mais nulle réponse ne leur parvint

-il nous faut partir sans tarder, votre frère doit être à notre recherche...

Toujours aucune réponse.

La corneille inquiète s'enquit :

-ce n'est pas drôle, pourquoi vous taisez vous, vous nous aviez promis de nous aider...

A ces dernières paroles ne répondit qu'un silence angoissant ponctué de cris de rats effrayés. Unarion, les larmes aux yeux, commençait à geindre tout bas.

Sa sœur lui dit de se taire. La corneille avait perçu des bruits suspects. Son ouie fine était formelle.

-Quelqu'un vient, siffla-t-elle, cachons nous sous l'escalier !

Une voix grave s'éleva : « N'ayez pas peur c'est moi Aristide Thorn ».

Sortant de leur cachette, au comble de la surprise, les trois compagnons aperçurent un homme vêtu d'une armure de cuire marron, cloutée sur le torse.

Il était plutôt grand et large d'épaules. Ses yeux clairs, autant qu'Imiandë pu en juger, luisaient au milieu d'un visage pâle entouré de cheveux de jais.

-J'ai enfin réussi à briser le sortilège qui me retenait dans ce corps de bois...

Et me voici, lâcha-t-il en souriant. Maintenant je vais pouvoir honorer ma promesse...

Imiandë étonnée s'exclama :

-vous avez la clef de la grille ?

- Non mais je peux peut-être réussir à l'ouvrir autrement...

Il sortit son poignard et monta les marches pour commencer le travail.

Quelques minutes plus tard la serrure résistait toujours et il lâcha énervé :

-Mon frère a dû apposer un sortilège...je vais essayer de...

Puis, se relevant sans bruit il leur fit signe de se taire :

Il lança d'une voix de commandement :

-derrière moi ! Il arrive !

Aristide sortit son épée et se positionna à l'affût. Les secondes s'égrenèrent comme des heures dans l'attente de la venue du thorn.

Sans crier gare une griffe du Croc-givre s'abattit sur Aristide qui para en chancelant l'attaque fulgurante.

C'est alors que le monstre apparut dans toute sa dimension, de plusieurs têtes plus grand que son frère.

Le croc givre, fauve mâtiné de lézard balançait ses griffes démesurées avec une puissance effroyable. Il faisait mouche à chaque fois, faisant reculer Aristide. Ivre de colère le Thorn dévastateur asséna un premier coup de griffe atteignant son frère à la jambe.

Serrant les dents Aristide l'attira dans les catacombes tout en combattant.

Il reprit ses parades et accéléra ses mouvements d'épée, et d'une botte aux arabesques aériennes, il toucha le Thorn à l'épaule.

Loin de ralentir le monstre, celui-ci exultait, excité par l'odeur du sang.

Le combat se prolongeait et la blessure de leur défenseur saignait abondamment.

Imiandë remarqua que ses parades devenaient de moins en moins efficaces.

D'un coup Imiandë vit le Croc-givre lacérer le dos de son frère qui poussa un cri terrible.

Au bord de l'épuisement il ne parvenait même plus à toucher son adversaire surpuissant. Alors d'un revers de griffe le monstre fit sauter son épée, d'un hurlement rageur.

Exultant le Croc-givre n'avait pas prévu qu'un fil de laine mince mais tissé dans une matière à la résistance étonnante, allait le déséquilibrer dans l'élan qu'il prenait pour donner le coup fatal.

En un instant le fil vibra, le monstre perdit l'équilibre, et Aristide ramassant son épée la releva juste à temps pour lui percer la bedaine héroïquement.

Dans un corps à corps titanesque, les deux frères exécutèrent une danse macabre dont Aristide sortit vainqueur en titubant...

Il approcha de ses compagnons et s'affala sur la première marche de l'escalier qu'il habitait il y a peu et parvint à articuler d'une voix rauque :

« Le Croc-givre est mort ».

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 11:34
Elles percevaient leur respiration et voyaient la fumée sortir de leur bouche.

La température dans la direction qu'elles prenaient était glaciale.

-Brrrrrr ! on se gèle les plumes ici, claqua la corneille.

Imiandë souffla dans le creux de ses paumes et les frotta l'une contre l'autre.

Elles avaient peine à voir maintenant dans ces ténèbres, chandelles éteintes, elles tentaient de décider par où se diriger quand elles entendirent un crissement léger leur parvenir, et une petite voix apeurée s'enquérir :

-Qui...qui va là... ?

Cette fois-ci c'était son frère, l'oiseau avait reconnu sa voix, elle voleta donc jusqu'à lui.

Imiandë eut plus de difficulté à la suivre, car elle n'avait pas les mêmes yeux que la corneille. Elle avança à tâtons dans l'obscurité repérant à leur voix ses compagnons :

-Sœurette ! comme je suis content de te revoir...

-Mon pauvre Unarion...tu n'as rien ?

-J'ai faim, mais je n'ai rien de cassé lui répondit le petit garçon.

Pendant qu'ils continuaient de parler, Imiandë avait réussi à les retrouver.

Mais alors qu'elle posait le pied sur la dalle jouxtant Unarion, elle mit en marche un mécanisme. Un bruit démoniaque retentit alors : « Clac, clac, clac, clac... » les rouages s'ébranlaient et le plafond s'abaissait sur les pauvres malheureux.

-Comment allons nous arrêter ce piège ? s'écria la corneille.

Imiandë se dit qu'il n'y avait pas le temps de tergiverser, elle devait libérer le garçon et s'enfuir. C'est alors qu'elle se rappela avoir son aiguille à tricoter.

Elle la sortit, prit le cadenas qui liait les chaînes d'Unarion entre ses mains fines et commença à farfouiller à l'intérieur de la serrure.

Les rouages continuaient de fonctionner et il ne leur était bientôt plus possible de se tenir debout. Cette maudite serrure ne voulait pas céder !

Clac , clac , clac, le plafond s'abaissait encore.

Des gouttes de sueur perlaient sur le visage de la fileuse.

-Dépêche toi ! lui intima la corneille.

Clac, clac.. le petit garçon pleurait à genoux.

Aidez moi pensa-t-elle ne sachant qui pouvait l'aider..., et tout d'un coup elle entendit un « tac » dont elle comprit la signification.

-allez Unarion, faufile toi par là, je te suis ! ordonna-t-elle

La corneille les attendait là où le plafond ne s'abaissait pas.

Encore une fois, ils en réchappèrent in extremis.

Le roi des rats ne riait plus, et là où il était il ne devait pas être satisfait.

S'époussetant, Imiandë reprit son fil de laine et annonça :

-Le roi des rats s'attend à ce que l'on cherche la sortie, mais pas à ce que nous rebroussions chemin. C'est pourquoi notre fil de laine va être précieux.

Suivez moi !

Les compagnons firent chemin inverse et n'eurent point de mal à éviter les pièges déjà connus.

Finalement ils se retrouvèrent tous trois à l'entrée du labyrinthe, la où le roi des rats les attendait.

- les souris ont triomphé de mes pièges, mais elles ont eu de la chance. Et finalement que ferais-je, faudrait-il les libérer ou faire bombance ? ...

Négal se parlait à lui-même, sans regarder ses hôtes.

-Vous devez respecter votre parole, messire, lui rappela Imiandë.

-Un roi n'a pas de parole à donner, attendu qu'il ne peut pas se trahir s'il change d'avis, car c'est lui qui impose ses édits...il n'a plus, si cela lui chante, qu'à en changer... et il rit à ses mots.

-Néanmoins... ajouta-t-il puisque je suis joueur, et que je ne respecte que mes règles, je vais tout miser sur ces dès. Il agita dans sa main quatre dés, quatre dés de couleurs différentes pour différencier l'unité de la dizaine, ou la centaine du millier.

-Si vous réalisez les plus gros nombres, alors je vous libèrerai, annonça Negal les yeux brillants.

...la corneille allait s'exprimer et elle tenta un « mais... ».

-Non taisez vous ! les tança-t-il.

Il secoua ses dés et les jeta :

-6563!

Il souriait déjà de toutes ses dents, car il pensait avoir fait le nécessaire.

-à vous ! il les toisa en leur donnant les dés.

La corneille les mit dans son bec avec dextérité et les lança si brusquement qu'ils furent éparpillés aux quatre coins de la salle.

Il fallut quelque temps pour se rendre compte que le chiffre des milliers était 6 et que celui des centaines était 5, ce qui faisait pour l'instant une égalité parfaite...

On retrouva le dé rouge des dizaines et c'était un 6 aussi !

-Décidément vous avez de la chance ! maugréa le roi des rats, mais voyons maintenant le dernier chiffre...

Il s'avança lui-même vers le dernier qui s'était arrêté non loin de la porte du labyrinthe...

Poussant un cri il donna un grand coup de pied dans le dé en hurlant d'une voix de dément :

-Un 4 ! un 4 ! un quaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaatre ! par la peste et le choléra !

Un 4 ! hors de ma vue sale vermine ! vous n'êtes pas dignes de figurer dans le ventre de mes amis, sortez d'ici et ne revenez plus jamais ! un quaaaaaaatre !

Et il continua de crier de façon inintelligible, alors que les compagnons s'en furent en direction des catacombes.


 

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 11:27
Labyrinthe. Ce mot prenait tout son sens en ces lieux. La jeune femme et l’oiseau savaient qu’elles avaient peu de chance d’en réchapper, mais c'était une question de vie ou de mort…il fallait sauver Unarion ! D’apparence ces couloirs avaient l’air d’honnêtes murs assez bien conçus…mais en réalité c’était là l’œuvre du roi des rats et rien de ce qu’il faisait n’était sans malignité. Les couloirs bougeaient sans cesse, si bien qu’elles pourraient finir écrasées rapidement. Elles succomberaient peut-être de cette manière …mais il y en avait surement bien d’autres en ce lieux, car qui pouvait savoir de quoi ce Négal était capable ? Imiandë sortit sa pelote de laine, la fixa à un reposoir de torche vide et commença de lâcher du lest à mesure qu’elles progressaient. Il faisait assez sombre dans ce dédale. La corneille voletait devant se servant de sa vue perçante comme vigie. La jeune fille mettait la main droite sur la paroi de droite et avançait le plus rapidement possible. Mais le couloir suivant déboucha sur un cul de sac. La corneille se lamenta :
-Nous sommes perdues, nous ne trouverons jamais notre chemin !que va devenir Unarion…
-Tu as oublié notre fil de laine la rassura Imiandë, rebroussons chemin et reprenon le couloir où nous avancions avant d’arriver devant ce mur. Allez, ne perdons pas espoir ! D’un coup les parois parurent bouger à une vitesse terrifiante et Imiandë et la corneille comprirent que le labyrinthe cherchait à les détourner du bon chemin.
-C’est par là dit-elle, j’en suis presque certaine ! Passant devant la jeune fille, l’oiseau poussa un cri de joie. Au moment où elle débouchait dans un corridor long et moite, elles aperçurent une forme massive, dont elles ne savaient que penser. Ce n’était assurément pas le petit Unarion. Ce furent les yeux de l’oiseau qui comprirent que la forme était en fait….le Croc-givre ! -C’est lui c’est le croc givre ! fuyons ! Elles prirent leurs jambes à leur cou et firent une centaine de mètres la peur au ventre. Mais, alors qu’elles s’attendaient à être rattrapées, lorsqu’elles se retournèrent, il n’y avait que le vent sifflant dans le couloir.
 -Quel est ce prodige ! Avons-nous réussi à le semer ?
 -Cela est heureux répondit la corneille, car je pensais bien notre dernière heure arrivée ! et…pfft ! il a disparu.
-Je jurerais qu’il était réel, mais mon cœur me dit que cela était une création du labyrinthe…il veut nous repousser hors du bon chemin.
-Allons voir s’écria l’oiseau. Elles se rendirent à l’évidence, ce n’était pas le Croc givre, mais c’était une image comme un portrait peint de façon saisissante.
-Elles entendirent distinctement le rire sarcastique du Roi des rats. Il se jouait d’elles comme l’on prend plaisir à voir le comportement de rongeur au cours d’une expérience pour le moins risquée.
-Ne perdons pas courage ! lança Imiandë en se tenant droite. Passons cette porte et nous trouverons bien notre chemin à travers les embûches. Elles laissèrent là le faux Thorn qui continuait de les regarder de ses yeux de fauve. Elles progressèrent rapidement voyant les murs se rapprocher jusqu’à ne presque plus leur laisser la place de passer.
-Attention cria la corneille ! mais trop tard ! le mur avait bloqué le sabot d’Imiandë, il commençait à lui toucher la jambe…prestement la fileuse abandonna sa chausse. Il ne fallut pas beaucoup attendre pour que le bois soit broyé par les murs comme une coquille de noix.
-Ouf souffla la fileuse ! C’était juste ! Elle tenait toujours sa pelote de laine à la main et de l’autre se positionna contre la paroi de droite.
-Ne perdons pas de temps ! Coassa la corneille. Les couloirs défilèrent comme si le feu lui-même couvait sous leurs pieds. Elles sentaient qu’elles n’étaient pas loin du but. Elles prirent encore à droite et oh ! il y avait un petit garçon amaigri attaché par une chaîne au mur. Il appela : « Soeurette ! Soeurette ! ». Elles foncèrent littéralement pour le libérer de ses entraves. Alors que la jeune fileuse pensait pouvoir le toucher il se révéla être une nouvelle illusion du labyrinthe. Au même moment, elles entendirent un « clic » très léger et trois flèches sifflèrent dans l’obscurité, dont l’une punaisa au mur la pauvre corneille.
-Oh , non ! cria Imiandë réagissant avec célérité, elle détacha l’oiseau qui par chance n’avait été placardé que par une de ses ailes. La corneille avait perdu quelques plumes dans l’affaire mais était toujours vivante. Le rire du roi des rats retentit à nouveau porté par l’écho du labyrinthe.
-Nous ne nous rendrons pas ! hurla la jeune fileuse.
-Continuons je pense que nous touchons au but ! jugea la corneille. Les intruses avaient déjà échappé à plusieurs morts, mais la chance avait été jusque là avec elles. Mais en serait-il toujours ainsi ? se demandait Imiandë.

(à suivre)
Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /Mai /2008 12:43
Interloquée par l'intervention de l'escalier Imiandë ne sut que répondre.

« Eh bien, ne restez pas là mes amies ! je suis son frère et non le Croc-givre

lui-même ! » et il rit en silence.

-Descendez vite ! crac ! je peux vous aider dans votre quête.

Les deux intruses arrivèrent en bas des marches et écoutèrent les explications de l'être de bois.

-Je peux vous protéger quelque temps contre mon frère. Crrrrrr ! Lorsqu'il saura que vous êtes là je le retarderai pour que vous puissiez fuir...

Il laissa passer un moment comme s'il jaugeait ses interlocutrices.

Je vous reconnais, vous êtes sa sœur ! Allez-y, vous pouvez sauver Unarion, il n'est pas encore trop tard.

-Pourquoi nous aideriez-vous ? lui lança la jeune femme

-Parce que moi aussi j'ai subi les mauvais traitements de mon frère,

Il m'a transformé en escalier pour que je ne parle pas des actes terribles qu'il a commis...mais il a oublié que sans sa pierre je suis presque aussi fort que lui.
CRRRICC !

Vous devez y aller maintenant, le temps presse ! Subtilisez le à son gardien, je vous mettrai à l'abri un temps au moins.

La corneille acquiesça, et elles quittèrent l'escalier pour emprunter les catacombes. Outre le mugissement du vent infiltré par quelque prise d'air, on percevait un vrombissement étouffé par l'écho.

-Quel est ce bruit ? Chuchota la fileuse

-Ce sont les rats dit la corneille avec une peur non dissimulée...Ici vit le roi des rats, il est le geôlier du Thorn mais il n'obéit qu'à lui-même car dans ces catacombes il est le maître. Personne ne sait quand il s'est établi ici. Sûrement bien avant que le château soit construit.

Voici ce que disait de lui un barde jadis :

Sous la voûte humide grouillent des rats,
Innombrable armée aux longues incisives,
ils surmontent la force pour envahir les
catacombes,
et grignotent les tréfonds jusqu'à l'obscurité.

En leur antre où la putréfaction règne,
où ils pullulent, amoncelant la vermine,
Siège un sombre despote loqueteux,
qui par démence se nomme : Roi.


- Brrrrr ça fait froid dans le dos, fit Imiandë

Les deux compagnes débouchèrent dans une salle voûtée éclairée par d'ingénieuses fentes captant la lumière venue du monde de la surface.

Cette salle de grande taille laissait des recoins non éclairés, mais Imiandë se doutait que dans l'obscurité grouillaient des rats plus nombreux que ce qu'elle pouvait imaginer.

Il y avait plusieurs portes taillées dans la roche. Elles ne voyaient pour le moment nulle trace de Négal ! C'était une aubaine.

-Vite ! lança la corneille, nous n'avons qu'à trouver quelle porte mène jusqu'à mon frère.

Au moment où Imiandë allait s'engouffrer sous la première porte, une voix grave aussi glacée que la mort retentit comme l'indice d'une très sombre présence.

« Que les souris paraissent faibles et désemparées, que leur chair rose et sucrée nous délectera. Mes doux amis vont sûrement se régaler, quand viendra enfin l'heure du repas... » Un homme apparut dans un rais de lumière. Il portait une balafre allant de l'œil à la lèvre comme une médaille de guerre et une barbe noire et drue lui mangeait le visage.

Ses yeux pareils à des lames de couteau brillaient dans l'obscurité, et lui donnaient l'air d'un fou.

-Mais j'aimerais que l'on m'explique ce que font deux souris dans l'antre du roi des rats...

-Eh bien monsieur, nous venons chercher mon frère coassa la corneille d'un air de défi. Et vous feriez mieux de nous le rendre rapidement sans quoi nous devrons...

-Oh là ! des menaces ? fit le roi des rats doucement.

Ecoutez moi bien je suis chargé de garder ici celui que vous nommez votre frère...il est ici parce qu'il ferait paraît-il un bon goûter pour mes amis...
-Mais...lança la jeune fileuse.

-Mais..Je n'ai pas fini intervint sèchement Négal. Puisque je suis joueur, et que je n'obéis qu'à mes plans, je vais vous accorder une chance infime de récupérer votre petit Unarion.

Voyez vous continua-t-il, j'ai élaboré un labyrinthe parfait, qui part de la seconde porte qui est là bas. Si vous revenez vivantes avec votre petit protégé, peut-être alors consentirais-je à le libérer.

-Mais...voulut intervenir la corneille

- Sachez que le mot « Mais » n'existe pas dans mon royaume. Ou alors seulement s'il est suivi des mots : certainement, oui, bien sûr...

Alors à votre place je me dépêcherais de partir avant que je ne change d'avis.

 

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 13:51

 

On raconte une légende dans les Ullgards : celle du Croc givre.

On dit souvent à un enfant qui fait une bêtise : « Tu verras ! si tu n'es pas sage c'est le Croc-givre qui viendra te chercher ! ». Cela est censé effrayer assez longtemps les marmots turbulents jusqu'à ce qu'ils deviennent maîtres d'eux mêmes. Bien sûr beaucoup de ces personnes devenues adultes pensent que c'était un conte inventé pour les remettre dans le droit chemin, mais il n'en est rien...

Cette légende s'est construite sur une histoire fort ancienne mais bien réelle, qui met en scène une jeune fille du nom d'Imiandë.

Cette jeune fille intrépide s'aventurait souvent seule dans les montagnes environnant sa maison. Parfois le vent mugissait à sa fenêtre : « Imiandë ! Imiandë ! », et elle s'éveillait le cœur serré par un étrange sentiment d'être observée. Elle se mettait à l'ouvrage, essayant de ne pas remarquer ces signes successifs.

Son esprit sage et appliqué lui intimait l'ordre de continuer son travail de fileuse, alors même qu'un fourmillement insupportable lui chatouillait la nuque.

Un jour que ce fourmillement était plus fort qu'à l'accoutumée, une corneille vint se poser sur le rebord de la fenêtre. Coassant, elle attirait l'attention de la jeune fille.

N'y résistant plus elle dit :

-Mais que veux tu curieuse corneille ?

-Je ne suis pas une corneille, mais une petite fille .J'ai une bien terrible histoire à te conter... As-tu quelque temps à m'accorder ?

Imiandë ôta son tablier, noua ses cheveux, et prie la corneille sur son bras en s'asseyant près du feu.

-Parle promptement, car je dois finir mon travail sans faute avant le retour de mon père dans deux jours.

La corneille coassa puis s'exprima :

-Mon petit frère Unarion est prisonnier du Seigneur Thorn des Ullgards.

-Comment cela est-il arrivé et comment es-tu devenue corneille ?

-Je voulais gagner à son service assez d'argent pour le nourrir...
On racontait bien sur lui de nombreuses histoires terrifiantes, qu'il était un monstre à l'apparence humaine, qu'il avait tué ses parents et son frère, mais je n'avais pas le choix...

Etant orpheline je devais gagner l'argent qu'il fallait pour mon frère et moi-même.

Il advint que mon frère tomba malade et pour payer le médecin qui le soignait nous nous endettâmes énormément. Je savais que je devrais travailler deux fois plus pour rembourser le médecin...

Mon frère culpabilisant se dit que c'était sa faute si nous allions travailler toute notre vie comme des semi esclaves pour rembourser nos créances. Il fit quelque chose qu'il n'aurait jamais dû faire. Il vola au Thorn un diamant polaire, une pierre magique de grande valeur, le vendit , effaçant notre dette auprès du médecin.

Imiandë leva la tête, et intervint :

- Alors finalement ton frère a fait une bonne chose ?

- Attends je n'ai pas fini. Le seigneur des Ullgards s'est aperçu de la disparition de sa pierre...il est rentré dans une fureur effroyable, nous avons entendu des cris et des hurlements de plus en plus puissants qui devinrent ceux d'une bête...

-Il me découvrit dans sa demeure , me transforma en corneille et m'ordonna de ne revenir qu'avec la pierre. Il garderait dans ses cachots mon frère. Il ajouta que si je ne revenais pas il le torturerait et le tuerait...

Imiandë écoutait avec attention, le menton posé sur sa main droite, tenant l'oiseau de sa main gauche :

-Je trouve ton histoire bien triste mais que puis-je faire ? Je ne suis pas une armée pour déconfire le Thorn...
-Aide-nous Imiandë...

Après avoir réfléchi à cette histoire elle ponctua :

-Je ne suis pas cent hommes mais je veux bien t'aider...même si je n'ai comme arme que mon fil de laine et mon aiguille...

La corneille n'émit qu'un coassement qu'elle pu prendre pour une manifestation de joie.

La jeune fileuse fit son sac sans perdre de temps et prit le chemin de la demeure du seigneur des Ullgards.

Le repaire de celui que l'on nommait le « Croc-givre » ne s'atteignait pas aisément.

Les chemins escarpés, sculptés à même la roche s'élançaient dans les Ullgards comme les rais de la toile de quelque araignée mégalithique.

La jeune fille essayait tant bien que mal de suivre le corbeau qui lui servait de point de mire dans ce dédale rocailleux.

Elle vit malgré tout poindre à l'horizon une forme terrifiante, sous les étoiles de cette nuit tombée en hâte pendant qu'elle gravissait ce raidillon.

Un roc noir et acéré se dressait devant elle comme une forteresse inexpugnable.

Au bout du sentier long de plusieurs lieues on pouvait apercevoir une ouverture dans la pierre, un gouffre encore plus noir que le jais.

D'abord ce fut impossible de voir.

Puis, des crapauds à la bave phosphorescente permirent à Imiandë de suivre l'oiseau dans la caverne.

C'était un désert de couloirs tortueux.

Le Croc-givre à première vue n'était pas là...à vrai dire, la jeune fille ne tenait pas à le croiser.

« Tant mieux se dit-elle in petto »
Elle désirait trouver le garçon et puis retourner à son travail le plus vite possible.

« Ce palais n'est finalement qu'une grotte aménagée en demeure sinistre » jugea-t-elle.

Des rats couraient ça et là dans une farandole improbable , et les gouttes tombant du plafond rythmaient en une succession de « plic » et de « ploc » humides les pas de notre fileuse dans des flaques de boue puante.

Mais, passés ces labyrinthiques couloirs moussus, les quartiers de l'hôte se révélèrent plus conformes à l'idée qu'Imiandë se faisait d'un palais. Tapissé de pourpre, dallé de marbre, ce décor contrastait tant avec les couloirs précédents qu'Imiandë en fut subjuguée elle-même...

Ce n'était plus des crapauds qui la guidaient. Ici des flambeaux crépitant dans leur reposoirs, tels des gardes muets coiffés de flammes paraissaient lui indiquer le chemin à suivre.

La corneille qui la précédait lui dit :

-Nous y voilà ! mon frère à présent n'est plus très loin, en bas dans les geôles, mais pour y arriver nous devrons prendre un escalier-vivant, et il est dit-on, à peine moins cruel que le Thorn.

Les deux intruses débouchèrent dans une salle haute et claire. Des bannières chatoyantes pendaient au plafond. De lin et de damas elles clamaient l'honneur et le courage chevaleresque d'une époque reculée.

Cette salle des gardes était étrangement déserte.

Mais Imiandë perçut des voix au loin étouffées et atténuées par les méandres incongrus des couloirs.

-Vite ! lui cria le corbeau ! à droite ! les gardes reviennent...pressons !

Ce couloir n'était pas éclairé et une exhalaison terrible assaillit l'odorat d'Imiandë. Ce couloir empestait la pourriture, et les froids ténèbres.

S'y engouffrant la fille et l'oiseau se retrouvèrent devant une grille de cachot.

La noirceur abyssale qu'elles aperçurent derrière avait de quoi effrayer.

Hésitant quelques secondes Imiandë entendit la corneille siffler :

-Allez descends , c'est ici l'escalier des catacombes ! Vite j'entends les gardes !

Elles essayèrent en descendant de faire le moins de bruit possible, mais impossible ! Les lattes de bois bringuebalantes craquaient à chacune de leurs tentatives...

-Ne veux-tu point arrêter ? dit Imiandë en s'adressant à l'escalier.

Celui qu'elle pensait être un monstre à la solde du Thorn leur répliqua en craquant et en grinçant d'une voix d'outre-tombe :

-Hmmmm, crac, savez-vous qui je suis ?

Elles ne répondirent rien de peur de faire une erreur.

- Je suis le frère du Croc givre...

(à suivre)

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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