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Calende

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Verbatim

 

Méditations

Lorsque l'esprit se fond
dans l'immense conscience
collective, ce fleuve furibond,
nous ne somme plus matière

il n'existe plus de "soi"
les perceptions décuplées
sont en même temps étouffées
en un paradoxal et vibrant émoi.

 

 

 

 

Bienvenue !


 
 Que le soleil brille sur votre chemin!

Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 13:51

 

On raconte une légende dans les Ullgards : celle du Croc givre.

On dit souvent à un enfant qui fait une bêtise : « Tu verras ! si tu n'es pas sage c'est le Croc-givre qui viendra te chercher ! ». Cela est censé effrayer assez longtemps les marmots turbulents jusqu'à ce qu'ils deviennent maîtres d'eux mêmes. Bien sûr beaucoup de ces personnes devenues adultes pensent que c'était un conte inventé pour les remettre dans le droit chemin, mais il n'en est rien...

Cette légende s'est construite sur une histoire fort ancienne mais bien réelle, qui met en scène une jeune fille du nom d'Imiandë.

Cette jeune fille intrépide s'aventurait souvent seule dans les montagnes environnant sa maison. Parfois le vent mugissait à sa fenêtre : « Imiandë ! Imiandë ! », et elle s'éveillait le cœur serré par un étrange sentiment d'être observée. Elle se mettait à l'ouvrage, essayant de ne pas remarquer ces signes successifs.

Son esprit sage et appliqué lui intimait l'ordre de continuer son travail de fileuse, alors même qu'un fourmillement insupportable lui chatouillait la nuque.

Un jour que ce fourmillement était plus fort qu'à l'accoutumée, une corneille vint se poser sur le rebord de la fenêtre. Coassant, elle attirait l'attention de la jeune fille.

N'y résistant plus elle dit :

-Mais que veux tu curieuse corneille ?

-Je ne suis pas une corneille, mais une petite fille .J'ai une bien terrible histoire à te conter... As-tu quelque temps à m'accorder ?

Imiandë ôta son tablier, noua ses cheveux, et prie la corneille sur son bras en s'asseyant près du feu.

-Parle promptement, car je dois finir mon travail sans faute avant le retour de mon père dans deux jours.

La corneille coassa puis s'exprima :

-Mon petit frère Unarion est prisonnier du Seigneur Thorn des Ullgards.

-Comment cela est-il arrivé et comment es-tu devenue corneille ?

-Je voulais gagner à son service assez d'argent pour le nourrir...
On racontait bien sur lui de nombreuses histoires terrifiantes, qu'il était un monstre à l'apparence humaine, qu'il avait tué ses parents et son frère, mais je n'avais pas le choix...

Etant orpheline je devais gagner l'argent qu'il fallait pour mon frère et moi-même.

Il advint que mon frère tomba malade et pour payer le médecin qui le soignait nous nous endettâmes énormément. Je savais que je devrais travailler deux fois plus pour rembourser le médecin...

Mon frère culpabilisant se dit que c'était sa faute si nous allions travailler toute notre vie comme des semi esclaves pour rembourser nos créances. Il fit quelque chose qu'il n'aurait jamais dû faire. Il vola au Thorn un diamant polaire, une pierre magique de grande valeur, le vendit , effaçant notre dette auprès du médecin.

Imiandë leva la tête, et intervint :

- Alors finalement ton frère a fait une bonne chose ?

- Attends je n'ai pas fini. Le seigneur des Ullgards s'est aperçu de la disparition de sa pierre...il est rentré dans une fureur effroyable, nous avons entendu des cris et des hurlements de plus en plus puissants qui devinrent ceux d'une bête...

-Il me découvrit dans sa demeure , me transforma en corneille et m'ordonna de ne revenir qu'avec la pierre. Il garderait dans ses cachots mon frère. Il ajouta que si je ne revenais pas il le torturerait et le tuerait...

Imiandë écoutait avec attention, le menton posé sur sa main droite, tenant l'oiseau de sa main gauche :

-Je trouve ton histoire bien triste mais que puis-je faire ? Je ne suis pas une armée pour déconfire le Thorn...
-Aide-nous Imiandë...

Après avoir réfléchi à cette histoire elle ponctua :

-Je ne suis pas cent hommes mais je veux bien t'aider...même si je n'ai comme arme que mon fil de laine et mon aiguille...

La corneille n'émit qu'un coassement qu'elle pu prendre pour une manifestation de joie.

La jeune fileuse fit son sac sans perdre de temps et prit le chemin de la demeure du seigneur des Ullgards.

Le repaire de celui que l'on nommait le « Croc-givre » ne s'atteignait pas aisément.

Les chemins escarpés, sculptés à même la roche s'élançaient dans les Ullgards comme les rais de la toile de quelque araignée mégalithique.

La jeune fille essayait tant bien que mal de suivre le corbeau qui lui servait de point de mire dans ce dédale rocailleux.

Elle vit malgré tout poindre à l'horizon une forme terrifiante, sous les étoiles de cette nuit tombée en hâte pendant qu'elle gravissait ce raidillon.

Un roc noir et acéré se dressait devant elle comme une forteresse inexpugnable.

Au bout du sentier long de plusieurs lieues on pouvait apercevoir une ouverture dans la pierre, un gouffre encore plus noir que le jais.

D'abord ce fut impossible de voir.

Puis, des crapauds à la bave phosphorescente permirent à Imiandë de suivre l'oiseau dans la caverne.

C'était un désert de couloirs tortueux.

Le Croc-givre à première vue n'était pas là...à vrai dire, la jeune fille ne tenait pas à le croiser.

« Tant mieux se dit-elle in petto »
Elle désirait trouver le garçon et puis retourner à son travail le plus vite possible.

« Ce palais n'est finalement qu'une grotte aménagée en demeure sinistre » jugea-t-elle.

Des rats couraient ça et là dans une farandole improbable , et les gouttes tombant du plafond rythmaient en une succession de « plic » et de « ploc » humides les pas de notre fileuse dans des flaques de boue puante.

Mais, passés ces labyrinthiques couloirs moussus, les quartiers de l'hôte se révélèrent plus conformes à l'idée qu'Imiandë se faisait d'un palais. Tapissé de pourpre, dallé de marbre, ce décor contrastait tant avec les couloirs précédents qu'Imiandë en fut subjuguée elle-même...

Ce n'était plus des crapauds qui la guidaient. Ici des flambeaux crépitant dans leur reposoirs, tels des gardes muets coiffés de flammes paraissaient lui indiquer le chemin à suivre.

La corneille qui la précédait lui dit :

-Nous y voilà ! mon frère à présent n'est plus très loin, en bas dans les geôles, mais pour y arriver nous devrons prendre un escalier-vivant, et il est dit-on, à peine moins cruel que le Thorn.

Les deux intruses débouchèrent dans une salle haute et claire. Des bannières chatoyantes pendaient au plafond. De lin et de damas elles clamaient l'honneur et le courage chevaleresque d'une époque reculée.

Cette salle des gardes était étrangement déserte.

Mais Imiandë perçut des voix au loin étouffées et atténuées par les méandres incongrus des couloirs.

-Vite ! lui cria le corbeau ! à droite ! les gardes reviennent...pressons !

Ce couloir n'était pas éclairé et une exhalaison terrible assaillit l'odorat d'Imiandë. Ce couloir empestait la pourriture, et les froids ténèbres.

S'y engouffrant la fille et l'oiseau se retrouvèrent devant une grille de cachot.

La noirceur abyssale qu'elles aperçurent derrière avait de quoi effrayer.

Hésitant quelques secondes Imiandë entendit la corneille siffler :

-Allez descends , c'est ici l'escalier des catacombes ! Vite j'entends les gardes !

Elles essayèrent en descendant de faire le moins de bruit possible, mais impossible ! Les lattes de bois bringuebalantes craquaient à chacune de leurs tentatives...

-Ne veux-tu point arrêter ? dit Imiandë en s'adressant à l'escalier.

Celui qu'elle pensait être un monstre à la solde du Thorn leur répliqua en craquant et en grinçant d'une voix d'outre-tombe :

-Hmmmm, crac, savez-vous qui je suis ?

Elles ne répondirent rien de peur de faire une erreur.

- Je suis le frère du Croc givre...

(à suivre)

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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