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Que le soleil brille sur votre chemin!
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Méditations
Que le soleil brille sur votre chemin!
Un jour froid et pluvieux était né un poulain neige avec une bosse au garrot.
La jument qui l'avait enfanté était pourtant élégante et harmonieuse, mais par un coup du sort l'animal était né infirme.
« Que la Nature est cruelle parfois » pensait le riche propriétaire de la jument revenant du marché.
Il était perfectionniste, et voyant que la bête ne deviendrait jamais une monture racée, il l'avait vendue pour une bouchée de pain à un vieil homme qui venait tout juste de perdre son
âne.
L'homme se nommait Denogo, mais tout le monde l'appelait « vieil homme des bois ».
Il vivait en ermite à quelques lieux du village et était aussi pauvre que bon.
Ce poulain était une aubaine car il allait lui servir à aller chercher les quelques denrées que dans son jardin il ne produisait pas.
Il donna d'emblée toute l'attention qu'il put à son poulain car il s'était pris d'affection pour lui, n'ayant pas d'enfants.
Le poulain devint bientôt un jeune cheval au crin blanc et luisant. Sa bosse l'empêchait toujours de se mouvoir avec grâce et rapidité mais il avait tout de même gagné en force et pouvait
maintenant tirer la vieille carriole de l'ermite lorsque celui-ci faisait le trajet jusqu'au village.
Denogo savait qu'un voyage plus long aurait été impossible pour sa bête. Mais il ne demandait rien de plus que ce que pouvait lui apporter son cheval.
Un jour où il bêchait son jardin, le vieil homme commença à cracher du sang, et alors qu'il voulait rentrer dans sa masure s'effondra
sur sa terre à peine retournée.
Alcen aperçut son maître sur le sol et sauta la barrière vermoulue. Il avait compris que le vieil homme avait besoin d'aide. Il trotta tant bien que mal jusqu'au village dans l'espoir d'aller
chercher des secours.
Aucun villageois ne se préoccupa de ses hennissements sauf un vieil homme appelé Iran qui appréciait quelque peu Denogo, et qui reconnu en Alcen son poulain. Il fit le chemin jusqu'à la masure de
l'ermite et le trouva à terre. Iran prit le temps de le relever, puis il l'amena jusqu'à sa couche, humidifiant d'un linge son front. Il avait remarqué que Denogo avait de la fièvre, et alla
chercher le médecin du village.
Après un traitement approprié d'une décoction de plantes, Denogo perdit sa fièvre assez rapidement, mais le médecin décela une maladie qu'il ne pouvait soigner. Et il lui dit qu'il n'avait plus
longtemps à vivre.
Peu à peu Denogo reprit de la force, mais son moral demeurait au plus bas.
Les soirs il pleurait sur son sort. Il se savait perdu et aurait voulu revoir une dernière fois sa sœur avant de mourir. Mais celle-ci habitait trop loin pour qu'il puisse y aller en
carriole.
L'ermite ne pouvait que murmurer :
« Mon pauvre Alcen, ce voyage serait trop dur pour toi et te tuerais... »
Un soir le pauvre homme pleura pendant des heures et finit par s'endormir épuisé par le chagrin.
Pendant la nuit un hennissement le réveilla. Le vieil homme inquiet pour son cheval se leva d'un bon et regarda par l'entrebâillement du volet. Il vit alors un prodige. Le cheval était dehors,
accroupi, la tête légèrement inclinée, hennissant à intervalles réguliers. Et, alors qu'il se demandait quel mal atteignait l'animal, il y eut un bruit de craquement. Denogo vit la bosse sur le
dos de son cheval se fendiller, et laisser apparaître dans un éblouissement de lumière de magnifiques ailes translucides, longues et graciles.
Le cheval difforme s'était métamorphosé en pégase ! Le vieil homme se frotta les yeux car il n'arrivait pas à y croire.
Il se couvrit d'un pardessus mité et sortit à la rencontre du fabuleux animal.
Celui-ci bien qu'affaibli par l'effort, vint à sa rencontre et posa sa tête sur son épaule.
Denogo fut submergé par une intense émotion et le serra contre son cœur.
Ensuite il lui donna de l'eau à boire et du bon foin à manger.
S'assurant qu'il avait tout ce qu'il fallait il alla se coucher et dormit jusqu'au matin.
Aux premières lueurs du jour l'ermite se réveilla.
Il ouvrit ses volets et tomba nez à nez avec le pégase. Celui-ci piaffait et hennissait à sa vue.
Denogo sortit et vit Alcen s'élancer dans les airs comme pour lui montrer qu'il n'avait plus de problème pour se mouvoir avec grâce et rapidité.
Denogo applaudit aux figures de son pégase, et comprit qu'il pourrait bientôt partir voir sa sœur, car aussi loin qu'elle fût, ce n'était plus un obstacle pour sa monture.
Après avoir pris un frugal petit déjeuné, il grimpa sur Alcen qui l'attendait, et s'envola derechef au-dessus de sa masure. Il survola bientôt les forêts alentours, et lui qui n'avait jamais vraiment voyagé aperçut les merveilles du monde vues du ciel, et combla d'un seul coup tous les manques laissés par une vie triste et sans bonheur.
Il arriva trois jours plus tard chez sa sœur.
Après s'être posé devant le muret clôturant la parcelle de sa parente, il rendit la liberté au pégase, non sans verser une larme.
Il lui dit qu'il devait maintenant reprendre sa liberté, et parcourir le monde pour sa propre expérience et son propre plaisir. Le pégase ne voulut pas partir tout d'abord, faisant sonner ses
sabots sur les pavés de la rue. Ses naseaux relâchaient une fumée à intervalles réguliers pour montrer son désaccord.
Puis comprenant peut-être les regards et les gestes de Denogo il recula et trotta jusqu'au bout du chemin.
Enfin alors que le vieil homme lui faisait un dernier geste, d'un battement puissant de ses ailes diaphanes, Alcen prit son envol, et disparut dans les nuages.
Denogo, fut accueilli par sa sœur qui cria de joie en l'apercevant.
Ils passèrent plusieurs semaines à parler de leurs souvenirs et à se balader dans les chemins enchanteurs de la région, comme lorsqu'ils étaient jeunes et que rien n'avait d'importance.
Le vieux Denogo était vraiment comblé, il avait réalisé son souhait le plus important.
Un soir qu'ils avaient beaucoup parlé, il alla se coucher l'âme en paix, et ne se réveilla pas au petit matin.
On raconte que son esprit débordant de joie est parti voguant vers le soleil, à la poursuite d'Alcen. Ses plus proches parents qui assistèrent à l'enterrement aperçurent un pégase immaculé
survoler le cimetière.
Chaque année depuis lors, on peut apercevoir se croiser dans le ciel à l'anniversaire de la mort de l'ermite quelques pégases aux
ailes translucides.
Et depuis ce jour on honore le vieux Denogo comme l'ami des pégases et plus jamais on ne méprisa les poulains bossus.
Exégèse