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Calende

Février 2012
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Verbatim

 

Méditations

Lorsque l'esprit se fond
dans l'immense conscience
collective, ce fleuve furibond,
nous ne somme plus matière

il n'existe plus de "soi"
les perceptions décuplées
sont en même temps étouffées
en un paradoxal et vibrant émoi.

 

 

 

 

Bienvenue !


 
 Que le soleil brille sur votre chemin!

Contes

Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /Mai /2008 08:38
L'arbre qui voulait devenir ciel


Il y a très longtemps, quand le monde était jeune et couvert de forêt, au bord de la rivière d'argent (que les nayadrim ou fées appellent « paléliande ») à la lisière de la belle forêt de Nethén vivait le plus beau des Saules pleureurs que la Terre n'ait jamais porté.
Pendant longtemps sa mélancolie fit parti de lui, il la cultivait, la recherchant comme l'eau avec ses racines. Puis un jour elle fit son malheur : plus il était triste et plus il désirait mourir. Et par là même plus il perdait le goût de vivre plus il émerveillait le monde. Ainsi chaque jour il pleurait toutes les larmes de son tronc.
Vint à passer prés de l'eau Nimdilila, « la fille de la forêt » car tel était son nom dans la langue des fées.
Belle comme le jour, fine comme la feuille de l'arbre,
Et douce comme le vent d'été dans les branches.
Celle-ci inquiète lui parla :

-Saule pourquoi pleures-tu ?
La fille de la forêt est pourtant là
A chacun de tes sanglots de bois.
Ne te laisse pas aller, ne pleure plus...
Redresse tes branches courbées,
La mélancolie n'est pas un bon remède,
Elle te fait vieillir, devenir raide.
Arrête de gémir, arrête de sangloter,
Reprend toi, la vie en vaut le coup.
Je sais, elle en donne aussi,
Mais ne rompt pas, fait comme ton ami
Le roseau qui plie mais reste debout.
Le vent, la pluie, ne sont pas mauvais,
D'ailleurs sans eux ta vie serait difficile.
Je sais, tu penses aussi qu'elle serait plus tranquille.
Mais ne reste pas ainsi, courbé et abattu
Parle, respire, partage, interroge, car ceci est ta vie,
Un cadeau trop beau, trop féerique
Pour en faire un calvaire à coup de trique,
Pour attendre la fin et le paradis.
Car tu sais saule, le paradis
Peut être sur cette terre si tu le veux.
Si tu le cherches malgré la pluie
Le vent, le froid, des hivers rigoureux.
Pense à nous qui t'aimons
Et qui attendons une seule chose :
Que tu vives au delà du piquant des roses,
Et que tu apprennes à les cueillir ...Allons !
Ne te referme pas sur toi même,
Ris, vibre, chante, aime,
Imagine, essaie, tente.
Pour que vivent en toi les couleurs éclatantes
De la vie aux milles pétales.


Redressant un peu ses branches, il soupira. Touché par la compassion de la dryade, ses branches vibrèrent et les feuilles qui les prolongent émirent un léger tintement. Mais il voulait confier son mal être profond. De sa voix grave et plaintive il s'exprima :

-Ô ! Nimdilila, je suis enlierré.
Les lianes de mes pensées obstruent
Ma ligne de vision enchantée.
Je voudrais devenir aérien pour être,
Pour vivre pleinement sans ces racines
Et le poids de ces feuillages sur mes branches
Et pour une fois sentir sur mon tronc
Les doux rayons du roi soleil.
Je rêve de ne plus être dans l'ombre.
Je veux voir d'autres contrées,
Visiter, contempler, des nouveaux paysages
Renouveler chaque jour les expériences
Qui composeront le sac de mes pensées,
Les remettre en cause à tout moment
Dans le but de n'en garder
Que le plus merveilleux, l'essence du monde
Ainsi chercher la raison d'être des choses,
Approfondir l'abyssal gouffre de l'existence
Jusqu'à en trouver le fond
Et repartir vers les cieux,
Le toucher avec la paume de ma main
Et m'en délecter comme d'une nourriture
Pour m'approprier sa consistance
Et être toujours ainsi jusqu'à la fin des temps.

Alors la fée fronça ses fins sourcils et répondit :

-Je peux te faire tel que tu désires être.
Mais sache que chaque état physique
A ses maux propres à soutenir
Et les désavantages qui s'y attachent.

Voyant que rien ne pourrait faire changer d'avis le saule
Elle mit en œuvre son pouvoir. D'un être de bois elle fit un être d'air, et en lui ne coulait plus de sève mais il était fait d'innombrables gouttelettes d'eau à l'état gazeux.

Un être nouveau naquit des entrailles de l'arbre.
Celui ci remercia maintes fois sa bienfaitrice, mais elle le prévint :

-Ce qui paraît attrayant, frais et nouveau
Au premier jour du changement
Pourra bien devenir lassant et vieux
Après que les années aient passé.

Mais le saule ne l'écouta pas et voyagea beaucoup, et peu savent ce qu'il fit .
Mais un jour il trouva le moyen d'atteindre le ciel
Et pris sa consistance, Il avait réalisé son rêve.
Au début sa vie nouvelle le distrayait, et longtemps il s'amusa à faire la course avec le vent .Mais bientôt il se lassa de toutes les choses possibles en ce haut lieux.
Il appela alors la fille de la forêt à son secours, mais celle-ci lui avoua qu'elle ne pouvait accomplir le prodige de le retransformer.

Et depuis ce jour quand le peuple des fées regarde dans les cieux, parfois l'azur se couvre de nuages. Et ces nuages amènent souvent une pluie fine, ce sont les larmes du saule qui pleure de ne plus pouvoir descendre.

 

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /Mai /2008 08:37
Le Chaudron de CULUCHAN

Culuchan était un pauvre paysan, et il menait une existence rude faite de labeur. Vieilli avant l'âge par le travail de la terre, il paraissait porter toute la misère du monde sur ses épaules.
De fait il était voûté, et son front hâlé était strié de rides.

Un jour qu'il retournait sa terre, il buta avec sa vieille charrue sur ce qu'il prit d'abord pour une pierre.
Le bon paysan maugréant, s'arrêta pour scruter ce qui bloquait l'avancée de sa besogne.
Il en avait beaucoup ces jours-ci...car le temps des semailles allait bientôt se présenter, et il avait une famille à nourrir.
Il se pressa donc vers la lame de sa charrue.
Et quel ne fut pas son étonnement lorsqu'il aperçut la cause de son problème !
Ce n'était pas une pierre. C'était un chaudron qui, bien que sali et crotté était lorsque Culuchan le déterra, de belle forme et de taille respectable.
Une fois lavé et briqué, il fut la fierté du laboureur. Celui-ci le donna à sa femme qui jeta sa vieille marmite pour la remplacer par la trouvaille de son mari.
Un soir, alors que Culuchan dormait profondément, un bruit métallique le réveilla en sursaut.
Le chaudron brillait d'une lumière rouge. Il se leva et s'approcha de l'âtre.
Il perçut une petite voix lointaine et nasillarde:
-« Apporte moi, dit elle, ce qui t'est de plus cher et je le multiplierais ».

Le laboureur fut interloqué ...et même abasourdi.
-« Tu as une journée, poursuivit la voix qui venait de l'être mi génie, mi diablotin qui venait d'apparaître au milieu du chaudron. Après quoi la dernière chose que tu auras dite (si tu n'es pas décidé) sera considérée comme vœu. ».
Puis tel qu'il était apparu, le diablotin s'évanoui en laissant la pièce enfumée et sombre.
Culuchan réveilla alors sa femme et ses enfants, car il voulait avoir leur avis avant de se prononcer.

D'abord incrédule, chacun des membres de sa famille y alla mi-amusé, mi intéressé de son vœu.
Sa femme lui expliqua qu'elle désirait multiplier les robes pour être la plus coquette,
Son fils aîné voulait des terres pour prospérer en tant que laboureur,
son fils cadet souhaitait de l'or pour être le plus riche chevalier du monde,
enfin la grand-mère dit qu'elle ne croyait pas à ces sornettes.

Les désirs de chacun étaient antagonistes et concurrents, et la convoitise alluma un feu dans les esprits de la famille et ils en vinrent vite à élever la voix, et même aux mains.
Le père s'interposait entre tous, mais il fut atteint lui aussi par l'envie de posséder cette source de richesse qui l'amènerait à être l'homme le plus puissant du monde, et il se jeta à son tour sur sa femme avec une rage folle.
Il fallut que la grand -mère, qui regardait la scène assise dans son fauteuil en osier, jette sur les participants de ce remue-ménage un saut d'eau pour que la famille reprenne son calme.
Après quoi tout le monde d'un claquement de doigt revint à la réalité.
Pendant ce laps de temps, où la magie du chaudron leur avait tourné la tête, ils s'étaient vus tels qu'ils désiraient être, et avaient vu en l'autre un rival à abattre.
-« Imbéciles ! chevrota la grand-mère, vous alliez vous tuer pour ce diable sorti du chaudron !
-merci mère de nous avoir réveillé de ce cauchemar, mais nous ne sommes pas plus avancés... »

Culuchan désespéré ne trouvait pas. Et l'échéance fixée par l'esprit du chaudron arriva.
La nuit était tombée peu à peu sur la ferme.
Le laboureur était prostré sans pouvoir décider. Il ne réussissait pas à réfléchir, car son esprit hésitait entre tous ses rêves les plus fous, ceux qu'il avait enfouis dans les profondeurs de sa conscience, pour qu'ils n'en sortent jamais. Et voilà qu'on lui demande tout d'un coup de réfléchir à ce qu'il avait cru impossible les jours et les années précédentes.
Les dernières secondes de la journée s'écoulèrent dans un silence pesant.
Enfin, le génie du chaudron réapparut visiblement amusé de l'embarras du laboureur.
-« As-tu choisis Culuchan ? »
Son sourire dévoilait de minuscules dents pointues dans une bouche fine.
-« Eh bien...non, je ne sais toujours pas.
Je pense... »
C'est alors que la femme de Culuchan glissa à son mari :
-« Ne t'inquiète pas mon Culuchan, la seul chose dont nous avons besoin, c'est l'amour.
C'est la seule richesse qui vaille le coup. »
Le génie éclata d'un petit rire strident :
-« Sages paroles que voilà ! Mais je vais exhausser ce souhait...
Ta femme Culuchan, vient de dire la seule parole qui comptait.»
Et il disparut en un éclair.

Culuchan, se retrouva avec sa famille, et le chaudron était redevenu un récipient ordinaire.
Chacun se demandait s'il n'avait pas été la proie d'hallucinations.
Le labeur reprit les jours suivant, aussi difficile qu'avant mais l'atmosphère de la ferme était différente. Les soirées étaient plus enjouées malgré la pauvreté des repas.

Et la question que se posait parfois Culuchan était :
Etait-ce dû au vœu qu'il avait formulé ou n'était-ce pas plutôt qu'il avait réalisé que la plus grande richesse de l'existence n'était pas les vêtements, les terres ou l'or, mais...
L'Amour

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /Mai /2008 08:35

Le cheval de Denogo

Un jour froid et pluvieux était né un poulain neige avec une bosse au garrot.
La jument qui l'avait enfanté était pourtant élégante et harmonieuse, mais par un coup du sort l'animal était né infirme.
« Que la Nature est cruelle parfois » pensait le riche propriétaire de la jument revenant du marché.
Il était perfectionniste, et voyant que la bête ne deviendrait jamais une monture racée, il l'avait vendue pour une bouchée de pain à un vieil homme qui venait tout juste de perdre son âne.

L'homme se nommait Denogo, mais tout le monde l'appelait « vieil homme des bois ».
Il vivait en ermite à quelques lieux du village et était aussi pauvre que bon.
Ce poulain était une aubaine car il allait lui servir à aller chercher les quelques denrées que dans son jardin il ne produisait pas.
Il donna d'emblée toute l'attention qu'il put à son poulain car il s'était pris d'affection pour lui, n'ayant pas d'enfants.
Le poulain devint bientôt un jeune cheval au crin blanc et luisant. Sa bosse l'empêchait toujours de se mouvoir avec grâce et rapidité mais il avait tout de même gagné en force et pouvait maintenant tirer la vieille carriole de l'ermite lorsque celui-ci faisait le trajet jusqu'au village.
Denogo savait qu'un voyage plus long aurait été impossible pour sa bête. Mais il ne demandait rien de plus que ce que pouvait lui apporter son cheval.

Un jour où il bêchait son jardin, le vieil homme commença à cracher du sang, et alors qu'il voulait rentrer dans sa masure s'effondra sur sa terre à peine retournée.
Alcen aperçut son maître sur le sol et sauta la barrière vermoulue. Il avait compris que le vieil homme avait besoin d'aide. Il trotta tant bien que mal jusqu'au village dans l'espoir d'aller chercher des secours.
Aucun villageois ne se préoccupa de ses hennissements sauf un vieil homme appelé Iran qui appréciait quelque peu Denogo, et qui reconnu en Alcen son poulain. Il fit le chemin jusqu'à la masure de l'ermite et le trouva à terre. Iran prit le temps de le relever, puis il l'amena jusqu'à sa couche, humidifiant d'un linge son front. Il avait remarqué que Denogo avait de la fièvre, et alla chercher le médecin du village.
Après un traitement approprié d'une décoction de plantes, Denogo perdit sa fièvre assez rapidement, mais le médecin décela une maladie qu'il ne pouvait soigner. Et il lui dit qu'il n'avait plus longtemps à vivre.

Peu à peu Denogo reprit de la force, mais son moral demeurait au plus bas.
Les soirs il pleurait sur son sort. Il se savait perdu et aurait voulu revoir une dernière fois sa sœur avant de mourir. Mais celle-ci habitait trop loin pour qu'il puisse y aller en carriole.
L'ermite ne pouvait que murmurer :
« Mon pauvre Alcen, ce voyage serait trop dur pour toi et te tuerais... »

Un soir le pauvre homme pleura pendant des heures et finit par s'endormir épuisé par le chagrin.
Pendant la nuit un hennissement le réveilla. Le vieil homme inquiet pour son cheval se leva d'un bon et regarda par l'entrebâillement du volet. Il vit alors un prodige. Le cheval était dehors, accroupi, la tête légèrement inclinée, hennissant à intervalles réguliers. Et, alors qu'il se demandait quel mal atteignait l'animal, il y eut un bruit de craquement. Denogo vit la bosse sur le dos de son cheval se fendiller, et laisser apparaître dans un éblouissement de lumière de magnifiques ailes translucides, longues et graciles.
Le cheval difforme s'était métamorphosé en pégase ! Le vieil homme se frotta les yeux car il n'arrivait pas à y croire.
Il se couvrit d'un pardessus mité et sortit à la rencontre du fabuleux animal.
Celui-ci bien qu'affaibli par l'effort, vint à sa rencontre et posa sa tête sur son épaule.
Denogo fut submergé par une intense émotion et le serra contre son cœur.
Ensuite il lui donna de l'eau à boire et du bon foin à manger.
S'assurant qu'il avait tout ce qu'il fallait il alla se coucher et dormit jusqu'au matin.

Aux premières lueurs du jour l'ermite se réveilla.
Il ouvrit ses volets et tomba nez à nez avec le pégase. Celui-ci piaffait et hennissait à sa vue.
Denogo sortit et vit Alcen s'élancer dans les airs comme pour lui montrer qu'il n'avait plus de problème pour se mouvoir avec grâce et rapidité.
Denogo applaudit aux figures de son pégase, et comprit qu'il pourrait bientôt partir voir sa sœur, car aussi loin qu'elle fût, ce n'était plus un obstacle pour sa monture.

Après avoir pris un frugal petit déjeuné, il grimpa sur Alcen qui l'attendait, et s'envola derechef au-dessus de sa masure. Il survola bientôt les forêts alentours, et lui qui n'avait jamais vraiment voyagé aperçut les merveilles du monde vues du ciel, et combla d'un seul coup tous les manques laissés par une vie triste et sans bonheur.

 

Il arriva trois jours plus tard chez sa sœur.
Après s'être posé devant le muret clôturant la parcelle de sa parente, il rendit la liberté au pégase, non sans verser une larme.
Il lui dit qu'il devait maintenant reprendre sa liberté, et parcourir le monde pour sa propre expérience et son propre plaisir. Le pégase ne voulut pas partir tout d'abord, faisant sonner ses sabots sur les pavés de la rue. Ses naseaux relâchaient une fumée à intervalles réguliers pour montrer son désaccord.
Puis comprenant peut-être les regards et les gestes de Denogo il recula et trotta jusqu'au bout du chemin.
Enfin alors que le vieil homme lui faisait un dernier geste, d'un battement puissant de ses ailes diaphanes, Alcen prit son envol, et disparut dans les nuages.

Denogo, fut accueilli par sa sœur qui cria de joie en l'apercevant.
Ils passèrent plusieurs semaines à parler de leurs souvenirs et à se balader dans les chemins enchanteurs de la région, comme lorsqu'ils étaient jeunes et que rien n'avait d'importance.
Le vieux Denogo était vraiment comblé, il avait réalisé son souhait le plus important.

Un soir qu'ils avaient beaucoup parlé, il alla se coucher l'âme en paix, et ne se réveilla pas au petit matin.
On raconte que son esprit débordant de joie est parti voguant vers le soleil, à la poursuite d'Alcen. Ses plus proches parents qui assistèrent à l'enterrement aperçurent un pégase immaculé survoler le cimetière.

Chaque année depuis lors, on peut apercevoir se croiser dans le ciel à l'anniversaire de la mort de l'ermite quelques pégases aux ailes translucides.
Et depuis ce jour on honore le vieux Denogo comme l'ami des pégases et plus jamais on ne méprisa les poulains bossus.

 

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 11:38
EPILOGUE

Après la fin du combat Aristide avait perdu connaissance et il fut transporté dans la demeure du Thorn par les soldats du palais.

Ces derniers qui avaient servit le Croc-givre lui devaient maintenant allégeance car le monstre n'avait point laissé de descendance. Il était le Nouveau Thorn.

A son réveil, celui-ci désira voir Imiandë, Unarion et la corneille en privé.

Prenant cette dernière dans ses mains, il rompit le maléfice tissé par son frère et redonna forme humaine à la pauvre Nésia.

-Merci encore, s'exclama-t-elle, je ne sais comment vous montrer ma gratitude...

-Ce n'est rien car par votre présence vous m'avez permis de recouvrer ma liberté et de rompre la chaîne sanglante que mon frère avait initiée. Alors merci à vous clama-t-il, à vous tous ! et il les embrassa. Il avait l'air d'un véritable seigneur en cette heure et il resplendissait dans ses atours de Thorn des Ullgards.

Dans les jours qui suivirent il fit apposer une porte pour celer l'accès au territoire du roi des rats.

Après quoi, le nouveau seigneur ordonna un grand banquet où le peuple des montagnes fut convié. Il prit solennellement l'engagement de réparer les tords que son frère avait causés et décida que dorénavant il oeuvrerait pour le bien du peuple des Ullgards. L'assistance l'acclama et se félicita de posséder un tel homme pour les guider.

Imiandë quelques jours plus tard revint dans sa petite maison, où son père l'attendait, désespéré, car il la pensait morte.
Il lui dit peu de mots :

- « Ou étais tu ? » elle secoua la tête, et sourit car elle savait qu'elle était de retour. Elle lui raconta toute l'histoire et lui annonça qu'à partir de maintenant les choses allaient être pour eux plus faciles, car elle avait été nommée tisseuse du seigneur des Ullgards. Il ajouta sans broncher « Très bien, mais va falloir que tu t'y mettes car on n'a plus rien à vendre... ».

Soupirant elle se dit qu'il ne changerait jamais, mais elle était tout de même heureuse, car elle ne ressentait plus le picotement coutumier dans sa nuque. Le sort la laisserait désormais en paix.

De leur coté Nésia et Unarion restèrent vivre au palais. La jeune femme trouva un emploi comme dame de parage à la cour du seigneur,

Unarion lui devint un page appliqué et un jeune homme fort instruit.

Tout était pour le mieux.

Mais un évènement étrange s'était déroulé dont on avait fait peu de cas parmi l'entourage d'Aristide.

Après le Fameux combat tant chanté par les ménestrels, les soldats étaient revenus dans les catacombes pour prendre le corps et lui donner une sépulture digne d'un seigneur des Ullgards. Tout cela était des plus logique. Sauf que nul dépouille ne fut retrouvée là où le sang des deux frères tachait le sol à jamais. On essaya vainement de faire quelques recherches pour mettre un corps dans la tombe qui avait été fabriquée à cet effet. Tentative nulle. La mort du Croc givre fut entérinée et l'on classa l'affaire dans les dossiers de la seigneurie.

Cependant du coté du peuple cela ne demeura pas aussi clair. Des histoires commencèrent à circuler car on racontait avoir aperçu dans les Ullgards la silhouette du monstre au sommets des monts enneigés.

Les vols d'enfants qui survinrent l'année suivante lui furent imputés. La rumeur prit de l'ampleur, et après des décennies ces histoires devinrent des contes.

La légende du Croc givre était née.

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 11:37
Jadis ces catacombes avaient été les couloirs d'un somptueux palais.

Il y a des millénaires, les Nayadrims avaient bâti cette place forte qui depuis avait sombré dans l'oubli.

Imiandë n'avait pas remarqué à son premier passage que derrière la crasse et les excréments, au-delà de la puanteur et du voile d'obscurité les murs de cette antique demeure étaient d'Hoplom, une pierre aujourd'hui presque disparue du monde, dont les techniques d'usage ne s'étaient pas perpétuées.

Ca et là des bribes de fresques ternies aux sujets non moins obscurs se remarquaient.

Ne pouvant s'attarder pour étudier ces indices d'un autre temps, ils avançaient à pas rapides pour atteindre l'escalier menant à la demeure du thorn.

La corneille fit remarquer avant d'arriver à celui-ci une plaque de marbre apposée sur le mur :

« Ci-gît le prince des incapables et des marches,

Aristide Thorn l'escalier, qui désormais

Au-delà de son inutilité première,

Me servira mieux dans mon ascension.

Signé Le seigneur des Ullgards »

- Ceci est effroyable, comment peut-on faire cela à son frère ?

Songea à haute voix Imiandë.

-Moi je ne te ferais jamais aucun mal déclara d'une petite voix unarion à sa sœur.

-Moi non plus coassa la corneille.

Pendant que ses compagnons se rassuraient l'un l'autre, Imiandë tendit son fil de laine d'un bout à l'autre du couloir, en un piège enfantin, ne sachant pas pourquoi elle faisait ce geste, puis elle ajouta :

- montons ces marches et partons d'ici pour nous retrouver chez nous rapidement.

Elle prit la tête du groupe et en haut de l'escalier se rendit compte que la grille était fermée.

-Monsieur L'escalier ? Vous...vous pouvez nous ouvrir ?

Mais nulle réponse ne leur parvint

-il nous faut partir sans tarder, votre frère doit être à notre recherche...

Toujours aucune réponse.

La corneille inquiète s'enquit :

-ce n'est pas drôle, pourquoi vous taisez vous, vous nous aviez promis de nous aider...

A ces dernières paroles ne répondit qu'un silence angoissant ponctué de cris de rats effrayés. Unarion, les larmes aux yeux, commençait à geindre tout bas.

Sa sœur lui dit de se taire. La corneille avait perçu des bruits suspects. Son ouie fine était formelle.

-Quelqu'un vient, siffla-t-elle, cachons nous sous l'escalier !

Une voix grave s'éleva : « N'ayez pas peur c'est moi Aristide Thorn ».

Sortant de leur cachette, au comble de la surprise, les trois compagnons aperçurent un homme vêtu d'une armure de cuire marron, cloutée sur le torse.

Il était plutôt grand et large d'épaules. Ses yeux clairs, autant qu'Imiandë pu en juger, luisaient au milieu d'un visage pâle entouré de cheveux de jais.

-J'ai enfin réussi à briser le sortilège qui me retenait dans ce corps de bois...

Et me voici, lâcha-t-il en souriant. Maintenant je vais pouvoir honorer ma promesse...

Imiandë étonnée s'exclama :

-vous avez la clef de la grille ?

- Non mais je peux peut-être réussir à l'ouvrir autrement...

Il sortit son poignard et monta les marches pour commencer le travail.

Quelques minutes plus tard la serrure résistait toujours et il lâcha énervé :

-Mon frère a dû apposer un sortilège...je vais essayer de...

Puis, se relevant sans bruit il leur fit signe de se taire :

Il lança d'une voix de commandement :

-derrière moi ! Il arrive !

Aristide sortit son épée et se positionna à l'affût. Les secondes s'égrenèrent comme des heures dans l'attente de la venue du thorn.

Sans crier gare une griffe du Croc-givre s'abattit sur Aristide qui para en chancelant l'attaque fulgurante.

C'est alors que le monstre apparut dans toute sa dimension, de plusieurs têtes plus grand que son frère.

Le croc givre, fauve mâtiné de lézard balançait ses griffes démesurées avec une puissance effroyable. Il faisait mouche à chaque fois, faisant reculer Aristide. Ivre de colère le Thorn dévastateur asséna un premier coup de griffe atteignant son frère à la jambe.

Serrant les dents Aristide l'attira dans les catacombes tout en combattant.

Il reprit ses parades et accéléra ses mouvements d'épée, et d'une botte aux arabesques aériennes, il toucha le Thorn à l'épaule.

Loin de ralentir le monstre, celui-ci exultait, excité par l'odeur du sang.

Le combat se prolongeait et la blessure de leur défenseur saignait abondamment.

Imiandë remarqua que ses parades devenaient de moins en moins efficaces.

D'un coup Imiandë vit le Croc-givre lacérer le dos de son frère qui poussa un cri terrible.

Au bord de l'épuisement il ne parvenait même plus à toucher son adversaire surpuissant. Alors d'un revers de griffe le monstre fit sauter son épée, d'un hurlement rageur.

Exultant le Croc-givre n'avait pas prévu qu'un fil de laine mince mais tissé dans une matière à la résistance étonnante, allait le déséquilibrer dans l'élan qu'il prenait pour donner le coup fatal.

En un instant le fil vibra, le monstre perdit l'équilibre, et Aristide ramassant son épée la releva juste à temps pour lui percer la bedaine héroïquement.

Dans un corps à corps titanesque, les deux frères exécutèrent une danse macabre dont Aristide sortit vainqueur en titubant...

Il approcha de ses compagnons et s'affala sur la première marche de l'escalier qu'il habitait il y a peu et parvint à articuler d'une voix rauque :

« Le Croc-givre est mort ».

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 11:34
Elles percevaient leur respiration et voyaient la fumée sortir de leur bouche.

La température dans la direction qu'elles prenaient était glaciale.

-Brrrrrr ! on se gèle les plumes ici, claqua la corneille.

Imiandë souffla dans le creux de ses paumes et les frotta l'une contre l'autre.

Elles avaient peine à voir maintenant dans ces ténèbres, chandelles éteintes, elles tentaient de décider par où se diriger quand elles entendirent un crissement léger leur parvenir, et une petite voix apeurée s'enquérir :

-Qui...qui va là... ?

Cette fois-ci c'était son frère, l'oiseau avait reconnu sa voix, elle voleta donc jusqu'à lui.

Imiandë eut plus de difficulté à la suivre, car elle n'avait pas les mêmes yeux que la corneille. Elle avança à tâtons dans l'obscurité repérant à leur voix ses compagnons :

-Sœurette ! comme je suis content de te revoir...

-Mon pauvre Unarion...tu n'as rien ?

-J'ai faim, mais je n'ai rien de cassé lui répondit le petit garçon.

Pendant qu'ils continuaient de parler, Imiandë avait réussi à les retrouver.

Mais alors qu'elle posait le pied sur la dalle jouxtant Unarion, elle mit en marche un mécanisme. Un bruit démoniaque retentit alors : « Clac, clac, clac, clac... » les rouages s'ébranlaient et le plafond s'abaissait sur les pauvres malheureux.

-Comment allons nous arrêter ce piège ? s'écria la corneille.

Imiandë se dit qu'il n'y avait pas le temps de tergiverser, elle devait libérer le garçon et s'enfuir. C'est alors qu'elle se rappela avoir son aiguille à tricoter.

Elle la sortit, prit le cadenas qui liait les chaînes d'Unarion entre ses mains fines et commença à farfouiller à l'intérieur de la serrure.

Les rouages continuaient de fonctionner et il ne leur était bientôt plus possible de se tenir debout. Cette maudite serrure ne voulait pas céder !

Clac , clac , clac, le plafond s'abaissait encore.

Des gouttes de sueur perlaient sur le visage de la fileuse.

-Dépêche toi ! lui intima la corneille.

Clac, clac.. le petit garçon pleurait à genoux.

Aidez moi pensa-t-elle ne sachant qui pouvait l'aider..., et tout d'un coup elle entendit un « tac » dont elle comprit la signification.

-allez Unarion, faufile toi par là, je te suis ! ordonna-t-elle

La corneille les attendait là où le plafond ne s'abaissait pas.

Encore une fois, ils en réchappèrent in extremis.

Le roi des rats ne riait plus, et là où il était il ne devait pas être satisfait.

S'époussetant, Imiandë reprit son fil de laine et annonça :

-Le roi des rats s'attend à ce que l'on cherche la sortie, mais pas à ce que nous rebroussions chemin. C'est pourquoi notre fil de laine va être précieux.

Suivez moi !

Les compagnons firent chemin inverse et n'eurent point de mal à éviter les pièges déjà connus.

Finalement ils se retrouvèrent tous trois à l'entrée du labyrinthe, la où le roi des rats les attendait.

- les souris ont triomphé de mes pièges, mais elles ont eu de la chance. Et finalement que ferais-je, faudrait-il les libérer ou faire bombance ? ...

Négal se parlait à lui-même, sans regarder ses hôtes.

-Vous devez respecter votre parole, messire, lui rappela Imiandë.

-Un roi n'a pas de parole à donner, attendu qu'il ne peut pas se trahir s'il change d'avis, car c'est lui qui impose ses édits...il n'a plus, si cela lui chante, qu'à en changer... et il rit à ses mots.

-Néanmoins... ajouta-t-il puisque je suis joueur, et que je ne respecte que mes règles, je vais tout miser sur ces dès. Il agita dans sa main quatre dés, quatre dés de couleurs différentes pour différencier l'unité de la dizaine, ou la centaine du millier.

-Si vous réalisez les plus gros nombres, alors je vous libèrerai, annonça Negal les yeux brillants.

...la corneille allait s'exprimer et elle tenta un « mais... ».

-Non taisez vous ! les tança-t-il.

Il secoua ses dés et les jeta :

-6563!

Il souriait déjà de toutes ses dents, car il pensait avoir fait le nécessaire.

-à vous ! il les toisa en leur donnant les dés.

La corneille les mit dans son bec avec dextérité et les lança si brusquement qu'ils furent éparpillés aux quatre coins de la salle.

Il fallut quelque temps pour se rendre compte que le chiffre des milliers était 6 et que celui des centaines était 5, ce qui faisait pour l'instant une égalité parfaite...

On retrouva le dé rouge des dizaines et c'était un 6 aussi !

-Décidément vous avez de la chance ! maugréa le roi des rats, mais voyons maintenant le dernier chiffre...

Il s'avança lui-même vers le dernier qui s'était arrêté non loin de la porte du labyrinthe...

Poussant un cri il donna un grand coup de pied dans le dé en hurlant d'une voix de dément :

-Un 4 ! un 4 ! un quaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaatre ! par la peste et le choléra !

Un 4 ! hors de ma vue sale vermine ! vous n'êtes pas dignes de figurer dans le ventre de mes amis, sortez d'ici et ne revenez plus jamais ! un quaaaaaaatre !

Et il continua de crier de façon inintelligible, alors que les compagnons s'en furent en direction des catacombes.


 

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 11:27
Labyrinthe. Ce mot prenait tout son sens en ces lieux. La jeune femme et l’oiseau savaient qu’elles avaient peu de chance d’en réchapper, mais c'était une question de vie ou de mort…il fallait sauver Unarion ! D’apparence ces couloirs avaient l’air d’honnêtes murs assez bien conçus…mais en réalité c’était là l’œuvre du roi des rats et rien de ce qu’il faisait n’était sans malignité. Les couloirs bougeaient sans cesse, si bien qu’elles pourraient finir écrasées rapidement. Elles succomberaient peut-être de cette manière …mais il y en avait surement bien d’autres en ce lieux, car qui pouvait savoir de quoi ce Négal était capable ? Imiandë sortit sa pelote de laine, la fixa à un reposoir de torche vide et commença de lâcher du lest à mesure qu’elles progressaient. Il faisait assez sombre dans ce dédale. La corneille voletait devant se servant de sa vue perçante comme vigie. La jeune fille mettait la main droite sur la paroi de droite et avançait le plus rapidement possible. Mais le couloir suivant déboucha sur un cul de sac. La corneille se lamenta :
-Nous sommes perdues, nous ne trouverons jamais notre chemin !que va devenir Unarion…
-Tu as oublié notre fil de laine la rassura Imiandë, rebroussons chemin et reprenon le couloir où nous avancions avant d’arriver devant ce mur. Allez, ne perdons pas espoir ! D’un coup les parois parurent bouger à une vitesse terrifiante et Imiandë et la corneille comprirent que le labyrinthe cherchait à les détourner du bon chemin.
-C’est par là dit-elle, j’en suis presque certaine ! Passant devant la jeune fille, l’oiseau poussa un cri de joie. Au moment où elle débouchait dans un corridor long et moite, elles aperçurent une forme massive, dont elles ne savaient que penser. Ce n’était assurément pas le petit Unarion. Ce furent les yeux de l’oiseau qui comprirent que la forme était en fait….le Croc-givre ! -C’est lui c’est le croc givre ! fuyons ! Elles prirent leurs jambes à leur cou et firent une centaine de mètres la peur au ventre. Mais, alors qu’elles s’attendaient à être rattrapées, lorsqu’elles se retournèrent, il n’y avait que le vent sifflant dans le couloir.
 -Quel est ce prodige ! Avons-nous réussi à le semer ?
 -Cela est heureux répondit la corneille, car je pensais bien notre dernière heure arrivée ! et…pfft ! il a disparu.
-Je jurerais qu’il était réel, mais mon cœur me dit que cela était une création du labyrinthe…il veut nous repousser hors du bon chemin.
-Allons voir s’écria l’oiseau. Elles se rendirent à l’évidence, ce n’était pas le Croc givre, mais c’était une image comme un portrait peint de façon saisissante.
-Elles entendirent distinctement le rire sarcastique du Roi des rats. Il se jouait d’elles comme l’on prend plaisir à voir le comportement de rongeur au cours d’une expérience pour le moins risquée.
-Ne perdons pas courage ! lança Imiandë en se tenant droite. Passons cette porte et nous trouverons bien notre chemin à travers les embûches. Elles laissèrent là le faux Thorn qui continuait de les regarder de ses yeux de fauve. Elles progressèrent rapidement voyant les murs se rapprocher jusqu’à ne presque plus leur laisser la place de passer.
-Attention cria la corneille ! mais trop tard ! le mur avait bloqué le sabot d’Imiandë, il commençait à lui toucher la jambe…prestement la fileuse abandonna sa chausse. Il ne fallut pas beaucoup attendre pour que le bois soit broyé par les murs comme une coquille de noix.
-Ouf souffla la fileuse ! C’était juste ! Elle tenait toujours sa pelote de laine à la main et de l’autre se positionna contre la paroi de droite.
-Ne perdons pas de temps ! Coassa la corneille. Les couloirs défilèrent comme si le feu lui-même couvait sous leurs pieds. Elles sentaient qu’elles n’étaient pas loin du but. Elles prirent encore à droite et oh ! il y avait un petit garçon amaigri attaché par une chaîne au mur. Il appela : « Soeurette ! Soeurette ! ». Elles foncèrent littéralement pour le libérer de ses entraves. Alors que la jeune fileuse pensait pouvoir le toucher il se révéla être une nouvelle illusion du labyrinthe. Au même moment, elles entendirent un « clic » très léger et trois flèches sifflèrent dans l’obscurité, dont l’une punaisa au mur la pauvre corneille.
-Oh , non ! cria Imiandë réagissant avec célérité, elle détacha l’oiseau qui par chance n’avait été placardé que par une de ses ailes. La corneille avait perdu quelques plumes dans l’affaire mais était toujours vivante. Le rire du roi des rats retentit à nouveau porté par l’écho du labyrinthe.
-Nous ne nous rendrons pas ! hurla la jeune fileuse.
-Continuons je pense que nous touchons au but ! jugea la corneille. Les intruses avaient déjà échappé à plusieurs morts, mais la chance avait été jusque là avec elles. Mais en serait-il toujours ainsi ? se demandait Imiandë.

(à suivre)
Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /Mai /2008 12:43
Interloquée par l'intervention de l'escalier Imiandë ne sut que répondre.

« Eh bien, ne restez pas là mes amies ! je suis son frère et non le Croc-givre

lui-même ! » et il rit en silence.

-Descendez vite ! crac ! je peux vous aider dans votre quête.

Les deux intruses arrivèrent en bas des marches et écoutèrent les explications de l'être de bois.

-Je peux vous protéger quelque temps contre mon frère. Crrrrrr ! Lorsqu'il saura que vous êtes là je le retarderai pour que vous puissiez fuir...

Il laissa passer un moment comme s'il jaugeait ses interlocutrices.

Je vous reconnais, vous êtes sa sœur ! Allez-y, vous pouvez sauver Unarion, il n'est pas encore trop tard.

-Pourquoi nous aideriez-vous ? lui lança la jeune femme

-Parce que moi aussi j'ai subi les mauvais traitements de mon frère,

Il m'a transformé en escalier pour que je ne parle pas des actes terribles qu'il a commis...mais il a oublié que sans sa pierre je suis presque aussi fort que lui.
CRRRICC !

Vous devez y aller maintenant, le temps presse ! Subtilisez le à son gardien, je vous mettrai à l'abri un temps au moins.

La corneille acquiesça, et elles quittèrent l'escalier pour emprunter les catacombes. Outre le mugissement du vent infiltré par quelque prise d'air, on percevait un vrombissement étouffé par l'écho.

-Quel est ce bruit ? Chuchota la fileuse

-Ce sont les rats dit la corneille avec une peur non dissimulée...Ici vit le roi des rats, il est le geôlier du Thorn mais il n'obéit qu'à lui-même car dans ces catacombes il est le maître. Personne ne sait quand il s'est établi ici. Sûrement bien avant que le château soit construit.

Voici ce que disait de lui un barde jadis :

Sous la voûte humide grouillent des rats,
Innombrable armée aux longues incisives,
ils surmontent la force pour envahir les
catacombes,
et grignotent les tréfonds jusqu'à l'obscurité.

En leur antre où la putréfaction règne,
où ils pullulent, amoncelant la vermine,
Siège un sombre despote loqueteux,
qui par démence se nomme : Roi.


- Brrrrr ça fait froid dans le dos, fit Imiandë

Les deux compagnes débouchèrent dans une salle voûtée éclairée par d'ingénieuses fentes captant la lumière venue du monde de la surface.

Cette salle de grande taille laissait des recoins non éclairés, mais Imiandë se doutait que dans l'obscurité grouillaient des rats plus nombreux que ce qu'elle pouvait imaginer.

Il y avait plusieurs portes taillées dans la roche. Elles ne voyaient pour le moment nulle trace de Négal ! C'était une aubaine.

-Vite ! lança la corneille, nous n'avons qu'à trouver quelle porte mène jusqu'à mon frère.

Au moment où Imiandë allait s'engouffrer sous la première porte, une voix grave aussi glacée que la mort retentit comme l'indice d'une très sombre présence.

« Que les souris paraissent faibles et désemparées, que leur chair rose et sucrée nous délectera. Mes doux amis vont sûrement se régaler, quand viendra enfin l'heure du repas... » Un homme apparut dans un rais de lumière. Il portait une balafre allant de l'œil à la lèvre comme une médaille de guerre et une barbe noire et drue lui mangeait le visage.

Ses yeux pareils à des lames de couteau brillaient dans l'obscurité, et lui donnaient l'air d'un fou.

-Mais j'aimerais que l'on m'explique ce que font deux souris dans l'antre du roi des rats...

-Eh bien monsieur, nous venons chercher mon frère coassa la corneille d'un air de défi. Et vous feriez mieux de nous le rendre rapidement sans quoi nous devrons...

-Oh là ! des menaces ? fit le roi des rats doucement.

Ecoutez moi bien je suis chargé de garder ici celui que vous nommez votre frère...il est ici parce qu'il ferait paraît-il un bon goûter pour mes amis...
-Mais...lança la jeune fileuse.

-Mais..Je n'ai pas fini intervint sèchement Négal. Puisque je suis joueur, et que je n'obéis qu'à mes plans, je vais vous accorder une chance infime de récupérer votre petit Unarion.

Voyez vous continua-t-il, j'ai élaboré un labyrinthe parfait, qui part de la seconde porte qui est là bas. Si vous revenez vivantes avec votre petit protégé, peut-être alors consentirais-je à le libérer.

-Mais...voulut intervenir la corneille

- Sachez que le mot « Mais » n'existe pas dans mon royaume. Ou alors seulement s'il est suivi des mots : certainement, oui, bien sûr...

Alors à votre place je me dépêcherais de partir avant que je ne change d'avis.

 

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 13:51

 

On raconte une légende dans les Ullgards : celle du Croc givre.

On dit souvent à un enfant qui fait une bêtise : « Tu verras ! si tu n'es pas sage c'est le Croc-givre qui viendra te chercher ! ». Cela est censé effrayer assez longtemps les marmots turbulents jusqu'à ce qu'ils deviennent maîtres d'eux mêmes. Bien sûr beaucoup de ces personnes devenues adultes pensent que c'était un conte inventé pour les remettre dans le droit chemin, mais il n'en est rien...

Cette légende s'est construite sur une histoire fort ancienne mais bien réelle, qui met en scène une jeune fille du nom d'Imiandë.

Cette jeune fille intrépide s'aventurait souvent seule dans les montagnes environnant sa maison. Parfois le vent mugissait à sa fenêtre : « Imiandë ! Imiandë ! », et elle s'éveillait le cœur serré par un étrange sentiment d'être observée. Elle se mettait à l'ouvrage, essayant de ne pas remarquer ces signes successifs.

Son esprit sage et appliqué lui intimait l'ordre de continuer son travail de fileuse, alors même qu'un fourmillement insupportable lui chatouillait la nuque.

Un jour que ce fourmillement était plus fort qu'à l'accoutumée, une corneille vint se poser sur le rebord de la fenêtre. Coassant, elle attirait l'attention de la jeune fille.

N'y résistant plus elle dit :

-Mais que veux tu curieuse corneille ?

-Je ne suis pas une corneille, mais une petite fille .J'ai une bien terrible histoire à te conter... As-tu quelque temps à m'accorder ?

Imiandë ôta son tablier, noua ses cheveux, et prie la corneille sur son bras en s'asseyant près du feu.

-Parle promptement, car je dois finir mon travail sans faute avant le retour de mon père dans deux jours.

La corneille coassa puis s'exprima :

-Mon petit frère Unarion est prisonnier du Seigneur Thorn des Ullgards.

-Comment cela est-il arrivé et comment es-tu devenue corneille ?

-Je voulais gagner à son service assez d'argent pour le nourrir...
On racontait bien sur lui de nombreuses histoires terrifiantes, qu'il était un monstre à l'apparence humaine, qu'il avait tué ses parents et son frère, mais je n'avais pas le choix...

Etant orpheline je devais gagner l'argent qu'il fallait pour mon frère et moi-même.

Il advint que mon frère tomba malade et pour payer le médecin qui le soignait nous nous endettâmes énormément. Je savais que je devrais travailler deux fois plus pour rembourser le médecin...

Mon frère culpabilisant se dit que c'était sa faute si nous allions travailler toute notre vie comme des semi esclaves pour rembourser nos créances. Il fit quelque chose qu'il n'aurait jamais dû faire. Il vola au Thorn un diamant polaire, une pierre magique de grande valeur, le vendit , effaçant notre dette auprès du médecin.

Imiandë leva la tête, et intervint :

- Alors finalement ton frère a fait une bonne chose ?

- Attends je n'ai pas fini. Le seigneur des Ullgards s'est aperçu de la disparition de sa pierre...il est rentré dans une fureur effroyable, nous avons entendu des cris et des hurlements de plus en plus puissants qui devinrent ceux d'une bête...

-Il me découvrit dans sa demeure , me transforma en corneille et m'ordonna de ne revenir qu'avec la pierre. Il garderait dans ses cachots mon frère. Il ajouta que si je ne revenais pas il le torturerait et le tuerait...

Imiandë écoutait avec attention, le menton posé sur sa main droite, tenant l'oiseau de sa main gauche :

-Je trouve ton histoire bien triste mais que puis-je faire ? Je ne suis pas une armée pour déconfire le Thorn...
-Aide-nous Imiandë...

Après avoir réfléchi à cette histoire elle ponctua :

-Je ne suis pas cent hommes mais je veux bien t'aider...même si je n'ai comme arme que mon fil de laine et mon aiguille...

La corneille n'émit qu'un coassement qu'elle pu prendre pour une manifestation de joie.

La jeune fileuse fit son sac sans perdre de temps et prit le chemin de la demeure du seigneur des Ullgards.

Le repaire de celui que l'on nommait le « Croc-givre » ne s'atteignait pas aisément.

Les chemins escarpés, sculptés à même la roche s'élançaient dans les Ullgards comme les rais de la toile de quelque araignée mégalithique.

La jeune fille essayait tant bien que mal de suivre le corbeau qui lui servait de point de mire dans ce dédale rocailleux.

Elle vit malgré tout poindre à l'horizon une forme terrifiante, sous les étoiles de cette nuit tombée en hâte pendant qu'elle gravissait ce raidillon.

Un roc noir et acéré se dressait devant elle comme une forteresse inexpugnable.

Au bout du sentier long de plusieurs lieues on pouvait apercevoir une ouverture dans la pierre, un gouffre encore plus noir que le jais.

D'abord ce fut impossible de voir.

Puis, des crapauds à la bave phosphorescente permirent à Imiandë de suivre l'oiseau dans la caverne.

C'était un désert de couloirs tortueux.

Le Croc-givre à première vue n'était pas là...à vrai dire, la jeune fille ne tenait pas à le croiser.

« Tant mieux se dit-elle in petto »
Elle désirait trouver le garçon et puis retourner à son travail le plus vite possible.

« Ce palais n'est finalement qu'une grotte aménagée en demeure sinistre » jugea-t-elle.

Des rats couraient ça et là dans une farandole improbable , et les gouttes tombant du plafond rythmaient en une succession de « plic » et de « ploc » humides les pas de notre fileuse dans des flaques de boue puante.

Mais, passés ces labyrinthiques couloirs moussus, les quartiers de l'hôte se révélèrent plus conformes à l'idée qu'Imiandë se faisait d'un palais. Tapissé de pourpre, dallé de marbre, ce décor contrastait tant avec les couloirs précédents qu'Imiandë en fut subjuguée elle-même...

Ce n'était plus des crapauds qui la guidaient. Ici des flambeaux crépitant dans leur reposoirs, tels des gardes muets coiffés de flammes paraissaient lui indiquer le chemin à suivre.

La corneille qui la précédait lui dit :

-Nous y voilà ! mon frère à présent n'est plus très loin, en bas dans les geôles, mais pour y arriver nous devrons prendre un escalier-vivant, et il est dit-on, à peine moins cruel que le Thorn.

Les deux intruses débouchèrent dans une salle haute et claire. Des bannières chatoyantes pendaient au plafond. De lin et de damas elles clamaient l'honneur et le courage chevaleresque d'une époque reculée.

Cette salle des gardes était étrangement déserte.

Mais Imiandë perçut des voix au loin étouffées et atténuées par les méandres incongrus des couloirs.

-Vite ! lui cria le corbeau ! à droite ! les gardes reviennent...pressons !

Ce couloir n'était pas éclairé et une exhalaison terrible assaillit l'odorat d'Imiandë. Ce couloir empestait la pourriture, et les froids ténèbres.

S'y engouffrant la fille et l'oiseau se retrouvèrent devant une grille de cachot.

La noirceur abyssale qu'elles aperçurent derrière avait de quoi effrayer.

Hésitant quelques secondes Imiandë entendit la corneille siffler :

-Allez descends , c'est ici l'escalier des catacombes ! Vite j'entends les gardes !

Elles essayèrent en descendant de faire le moins de bruit possible, mais impossible ! Les lattes de bois bringuebalantes craquaient à chacune de leurs tentatives...

-Ne veux-tu point arrêter ? dit Imiandë en s'adressant à l'escalier.

Celui qu'elle pensait être un monstre à la solde du Thorn leur répliqua en craquant et en grinçant d'une voix d'outre-tombe :

-Hmmmm, crac, savez-vous qui je suis ?

Elles ne répondirent rien de peur de faire une erreur.

- Je suis le frère du Croc givre...

(à suivre)

Par Guillaume Lebrin - Publié dans : Contes
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